Photographer's Note

Je suis n dans un hpital psychiatrique. Je n'en veux personne. C'est un fait, un genre de fatalit. Ma mre tait alors interne. "Une grosse dpression", c'est tout ce que j'ai pu apprendre.

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Tu fixes ton reflet dans le miroir, droit devant toi. Ton regard triste, ton sourire comme esquiss. Tu t'empares de ton verre de bire. Les gouttelettes formes par la condensation ruissellent le long de la paroi transparente. Tu avales une longue gorge. La fracheur et l'amertume soulagent ton gosier assch.

Tu jettes un il dans sa direction. Elle est l, accoude au bar. Sa silhouette longiligne, ses fesses rebondies, sa taille bien marque ; une allure de reine, si ce n'est ses paules alourdies par la fatigue.

- "Un dca !". C'est la premire fois que tu entends le son de sa voix. Une voix autoritaire, rauque, dsagrable. Mise part cette impression, elle ne produit aucun effet sur toi, aucune motion.

Ta prsence passe inaperue. Son regard est riv sur le cercle noir de sa tasse et sur la fume de sa cigarette.

Il se fait tard, de plus en plus tard.

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Comme tout le monde, je ne garde aucun souvenir conscient des premiers mois de ma vie. Je me contente d'imaginer les bruits, les odeurs. Les va et vient du personnel soignant. Les cris d'angoisse des malades. Leurs rires dments et sans joie. Ce tumulte devait certainement couvrir les pleurs du nourrisson que j'tais alors.

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TAC ! TAC ! TAC ! Le bruit sec de ses talons sur les pavs claque dans les rues quasi-dsertes de cette ville que tu ne connais pas. L'cho qu'il produit dans ton crne te rappelle les coups encaisss. Une longue litanie d'onomatopes aux accents de violence. Elle ne semble pas avoir remarqu que tu la suivais depuis la sortie du bar. Dans son sillage, une odeur de fin de journe, mlange de parfum bon march et de sueur cre. Ses hanches qui ondulent.

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J'ai appris que ds la naissance on m'avait spar de ma mre. Apparemment, j'avais chapp au solennel "On le met sur votre ventre ?". On craignait sans doute que son tat ne la pousse quelques "actes regrettables". J'ignore l'ge que j'avais lorsque l'on m'a "plac", d'abord dans les structures sociales spcialises, ensuite au sein de la famille qui m'a lev.

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Elle s'arrte devant la porte cochre d'un immeuble dlabr. Tu ralentis et te terres dans un recoin sombre. Elle dcroche le sac pendu son paule. Tu retiens ton souffle, jusqu' la douleur. Elle plonge sa main dans les profondeurs de son cabas. Tu ne respires plus, comme mort. Elle sort un trousseau de clef. Tu te confonds avec l'ombre devenue rassurante. Elle glisse une clef aux reflets argents dans la serrure. Tu caresses, avant de bondir, le mtal froid de la lame.

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Je suis n dans un asile psychiatrique. Je n'en veux plus personne, quoiqu'il arrive.


de Yanick Brussetti, alias yayalevrai ( voir pour ces textes)

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Additional Photos by Laurent Picard (lespicaros) Gold Star Critiquer/Gold Star Workshop Editor/Gold Note Writer [C: 200 W: 140 N: 652] (5542)
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